1 journée dans la ZONE D'EXCLUSION DE TCHERNOBYL

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl

Imaginez. Si demain, tout ce qui fait votre vie aujourd'hui vous était enlevé. Comme cela, du jour au lendemain. Sans prévenir. Imaginez qu’on vous dise de n’emporter avec vous qu’une petite valise. Qu’y mettriez-vous ? Imaginez que votre maison, votre jardin, qui, en temps normal, vous protègent, soient la source de votre mal. Que ressentiriez-vous ? Difficile d’imaginer, n’est-ce-pas… 

C’est pourtant ce qu’ont vécu plus de 200 000 personnes vivant à proximité de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Retour sur cet événement tragique du 20e siècle. 


My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat
Ancienne Mairie de Prypiat.

Que s’est-il passé à Tchernobyl ?
26 avril 1986, 1h 23min 44s. La puissance du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl augmente de manière incontrôlée. Les 1 200 tonnes de la dalle de béton recouvrant le réacteur sont projetées en l'air et retombent sur le cœur du réacteur, qui est fracturé par le choc. Un incendie se déclare, entraînant une explosion et la libération d’importantes quantités d’éléments radioactifs dans l’atmosphère. 

La population locale n’est pas prévenue tout de suite de l’accident et chacun poursuit ses activités, tranquillement, sans se douter que dans quelques heures, sa vie va prendre un tournant irrémédiable. Ce n’est que le 27 avril à 14h, que les premières évacuations commencent à Prypiat. On promettait aux habitants qu’ils seraient de retour dans 2 ou 3 jours. Vous connaissez la suite : ils ne sont jamais revenus chez eux. 

Dans les mois qui ont suivi, la décontamination a commencé. La zone d’exclusion de Tchernobyl couvre un territoire d’environ 2 600km² (la superficie du Luxembourg), à cheval sur le territoire ukrainien et biélorusse. Des « liquidateurs », venus d'Ukraine, de Biélorussie, de Lettonie, de Lituanie et de Russie, arrivent sur le site. Mais comment décontaminer une zone aussi grande alors que personne ne sait où transférer les gravats déblayés ? 

La zone d'exclusion de Tchernobyl est un endroit à part. Au travers de cet article, je vous emmène découvrir ce lieu maudit du 20e siècle.


Le checkpoint

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl

Vous ne pouvez pas entrer seul dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. L’accès y est contrôlé. Pour cela, vous devez être enregistré au préalable auprès des autorités. A votre arrivée devant le 1er checkpoint (il y en aura 3 en tout), on vous demandera de signer un règlement très strict : interdiction de ramasser des objets, de toucher quelque chose, de poser quoi que ce soit par terre ou encore de boire de l’eau… On vous remet ensuite votre compteur Geiger, qui vous servira à mesurer le taux de radiation autour de vous. La barrière du checkpoint s’ouvre enfin, un garde vérifie votre passeport (pas de tampon, mais vous aurez une feuille d’autorisation à garder avec vous) et c’est parti. Bienvenue à Tchernobyl. 


L’Ecole de Kopatchi

L’un des premiers arrêts de la journée se fait au bord de la route, un peu au milieu de nulle part. Nous sommes pourtant devant un des lieux les plus marquants : l’école maternelle de Kopatchi.  Des lits rouillés, des manuels, des dessins d’enfants, des poupées… étrangement, tout est bien conservé, comme si les écoliers étaient partis hier. Par endroits, le sol commence à s'abîmer, et l’on remarque des trous dans le mur ou entre deux lattes de plancher : en fait, les bâtiments ont été pillés quelque temps après l’évacuation des habitants. Les voleurs venaient y chercher des objets précieux mais également le cuivre des fils électriques par exemple.


My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Ecole Kopatchi
A l'intérieur de l'Ecole de Kopatchi
Notre guide nous recommande de ne pas nous éloigner du chemin en béton menant à l’école : tout autour, les radiations sont extrêmement élevées (mon compteur Geiger enregistrer jusque 10,43mSv/h, alors que la limite est de 0,30mSv/h). Ce lieu est hautement radiatif, mais personne ne sait pourquoi.  

Le radar soviet Duga-1, le pic-vert russe

Notre guide nous emmène ensuite dans un lieu très très particulier. Il n’a pas de lien direct avec la catastrophe de Tchernobyl, mais il se trouve dans la zone d’exclusion, et il est, lui aussi, à l’abandon aujourd'hui. Le radar soviet Doga-1, appelé aussi “pic-vert russe” en raison du bruit qu’il faisait, est une ancienne installation militaire soviétique composée d'un émetteur gigantesque et d'un récepteur radar trans-horizon (c’est-à-dire un radar capable de repérer une cible à très longue distance). Ce radar faisait partie du dispositif soviétique de veille des missiles balistiques, car à l’époque de sa construction, nous étions en pleine guerre froide.


My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Reacteur 4
Duga-1

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La base militaire autour de Duga-1
Ce lieu est impressionnant, gigantesque, intrigant. Le contraste entre ce géant d’acier et le sable sur le sol est saisissant. En nous promenant autour du radar et en nous approchant des bâtiments de cette ancienne base militaire, nous remarquons la propagande soviétique, bien présente. Nous essayons d’imaginer ce qui a pu se dire derrière ces murs, les expériences qui ont pu être faites, et nous sommes sûrement bien loin du compte ! 


Le réacteur nº4

Après cette drôle de découverte, nous reprenons la route. Au détour d’un virage, le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl apparaît.


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Le réacteur n°4 avec son arche à gauche de la photo (autre photo en fin d'article).

À la suite de l'accident, les réacteurs n°1, n°2 et n°3 ont également été arrêtés, puis remis en service fin 1986 après leur nettoyage. Le réacteur n°2 a été arrêté en 1991 à la suite d’un accident nucléaire. Le réacteur n°1 a, lui, été arrêté en 1996 et le réacteur n°3 en 2000. 
A la suite de la catastrophe, le réacteur n°4 a été emprisonné dans un sarcophage de béton bardé d'acier. Malheureusement, ce sarcophage, construit à la hâte et dans des conditions extrêmes, n’est pas à l'épreuve du temps, et des fuites sont constatées. Les autorités décident, à la fin des années 1990, de la construction d’une arche, suffisamment grande pour englober le sarcophage et le recteur n°4. L’arche, construite à quelques centaines mètres du réacteur puis glissée sur des rails vers son emplacement final, a été mise en place en 2016, et son équipement a été finalisé en janvier 2019.


Prypiat

Après un repas “traditionnel” dans la cantine de Tchernobyl (il y a encore des travailleurs sur le site), nous poursuivons notre chemin vers Prypiat, la plus grande ville de la zone d’exclusion, avec 50 000 habitants en avril 1986. Fondée en 1970, Prypiat était une “ville modèle” de l’architecture soviétique. C’était également une ville moderne, à la pointe de la technologie. Tout y était fait pour que les habitants y soient heureux : des logements de bonne qualité, des jardins publics, un parc d’amusement (qui devait être inauguré 4 jours après l'accident), des installations sportives (stade, piscine, gymnase...), un supermarché sur plusieurs étages, un cinéma, des écoles, un hôpital, une école de musique, un café au bord d’eau… bref, une ville parfaite.  


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Le panneau à l'entrée de Prypiat

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A l'intérieur de café Prypiat // Les fresques de l'école de musique

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat
La grande roue du parc d'amusement, symbole de Prypiat

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat
Les auto-tamponneuses du parc d'amusement


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L'ancien hôtel de Prypiat, l'hôtel Polissya

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat
Le Palais de la Culture Energetik

Ce qui est saisissant en arrivant à Prypiat, au-delà de la catastrophe, c’est que d’un coup, on fait un saut dans le temps. D’un coup, on arrive dans une ville soviétique. C’est un peu comme un musée à ciel ouvert, témoignant de la fin de l’ère soviétique. Contrairement à Tchernobyl, où plusieurs habitants sont revenus vivre dans leurs foyers, Prypiat reste une ville complètement déserte. Bien que la végétation ait repris ses droits et envahi les rues et grâce aux photos de notre guide, nous arrivons à imaginer la vie à cette époque dans cette ville à l'abandon aujourd'hui. 


My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat avant/après
L'ancien supermarché de Pyrpiat, après/avant

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Prypiat avant/après
L'hôtel Polissya, après/avant


Tchernobyl

Avant d’arriver à Tchernobyl, nous avons fait un petit arrêt pour découvrir un “musée” de véhicules ayant servi à la décontamination.


My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Panneau Tchernobyl
Le panneau à l'entrée de Tchernobyl

My Travel Background : une journée dans la zone d'exclusion de Tchernobyl - Panneau Tchernobyl
Le “musée” de véhicules ayant servi à la décontamination.

Tchernobyl n’est pas tout à fait abandonnée, puisque certaines personnes sont retournées y vivre. Certains bâtiments ont été décontaminés et d'autres ont été construits en suivant des règles de sécurité bien spécifiques. En 2016, on recense 800 habitants. La population ne cesse de croître. 

A vrai dire, de la ville de Tchernobyl, nous en avons vu peu. Nous l’avons traversée en fin de journée, avant de passer de nouveau le checkpoint pour rentrer à Kiev. Et finalement dans toute la zone d’exclusion, c’est finalement Prypiat qui est la plus impressionnante. 



__ INFOS PRATIQUES __


Voici quelques infos pratiques si vous souhaitez, vous aussi, visiter Tchernobyl (un article dédié arrive très bientôt) : 

EXCURSION : l’excursion dure 1 journée (départ 8h, retour 20h) avec au programme : passage du checkpoint, exploration de villages puis du radar soviet Duga-1, repas, découverte du réacteur nº4, exploration dans Prypiat, traversée de Tchernobyl et re-passage du checkpoint. J’ai réservé via Viator (TripAdvisor)

BUDGET : le tarif est de 110€, avec le repas (on mange dans la cantine, avec les ouvriers).

LES RADIATIONS ? le taux de radiation reçu est très faible durant la journée : 0,02mSv, soit l’équivalent de 30min en avion.
Mais le plus étonnant en fait, c’est ce qu’on ne voit pas. Les radiations sont partout, mais elles sont invisibles. C’est une sensation assez étrange. 


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Mémorial devant le réacteur n°4

POURQUOI VISITER TCHERNOBYL ? aujourd'hui, il est de nouveau possible de se rendre dans la zone d’exclusion de Tchernobyl. Pourquoi s’y rendre ? Pour s'imprégner des lieux, essayer de comprendre, essayer d’imaginer, faire un bond dans le passé, découvrir des traces de vie...

À Tchernobyl, on retrouve des traces de l’histoire. C’est incroyable de se dire que tel objet est là depuis 34 ans. Rien n’a bougé, ou presque. Comme je le disais plus haut, Prypiat est devenu un musée à ciel ouvert de l’ère soviétique, et, si vous me suivez sur instagram, vous savez que j’ai un intérêt particulier pour cette architecture. Enfin, ce qui est aussi très impressionnant, c’est de voir avec quelle rapidité la nature reprend ses droits. 

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